Appât frelon asiatique printemps : que mettre dans le piège ?

Rangée de ruches en bois posées dans une prairie de fleurs jaunes au printemps

Un appât frelon asiatique printemps mise sur le sucre : à la sortie de l’hiver, la reine fondatrice cherche l’énergie nécessaire pour bâtir son nid primaire. Le ministère de la Transition écologique retient trois recettes simples, à utiliser deux mois au maximum autour de la mi-avril. Le Muséum national d’histoire naturelle juge pourtant l’efficacité de ce piégeage non démontrée. Ce guide réunit les recettes, le calendrier, l’emplacement et les limites, sources à l’appui.

Pourquoi le sucre attire la reine fondatrice au printemps

Au printemps, aucune colonie n’est encore là. Seule la reine fondatrice du frelon à pattes jaunes (Vespa velutina), fécondée à l’automne précédent, sort de son abri d’hiver, sous une écorce ou dans le sol, et doit tout faire seule : bâtir le nid primaire, pondre, élever les premières ouvrières. La fiche technique du ministère situe cette phase de fondation de mars à juin. Le rapport de l’ITSAP, l’institut technique de l’apiculture, explique pourquoi les attractifs sucrés sont utilisés à cette période : ils offrent la ressource en glucides que l’insecte recherche, de la fin mars à la mi-mai. Le ministère attend de cette capture précoce qu’elle évite le développement de nids secondaires, qui peuvent abriter plusieurs milliers d’ouvrières.

Cette biologie fixe aussi les limites de la méthode. D’après le Muséum, un nid produit plus de 500 futures fondatrices, probablement de l’ordre de 1 500, et le printemps est la saison où leur mortalité naturelle est la plus forte, surtout par compétition entre congénères. Le document officiel note qu’une reine sans nid usurpe souvent celui d’une autre et la tue. Capturer quelques femelles ne ferait donc que laisser la place à d’autres, estime le Muséum. Pour l’apiculture, le vrai dommage arrive plus tard : la fiche de l’ITSAP situe la prédation sur l’abeille mellifère de la fin de l’été au début de l’automne. Bien réussie, une capture de sortie d’hiver ne règle donc rien à elle seule : elle s’inscrit dans une stratégie pour protéger les ruchers.

Les trois recettes d’appât conseillées par le ministère

La fiche technique n° 2 du plan national de lutte contre le frelon asiatique à pattes jaunes retient trois préparations sucrées qu’elle juge « très efficaces ». Elles tiennent dans le tableau ci-dessous et ne demandent que des ingrédients du commerce. Le texte ajoute un conseil d’apiculteur : le sirop peut céder la place à celui qu’on donne aux abeilles en nourrissement, plus appétent.

Recette Composition (fiche technique n° 2)
Mélange à parts égales 1/3 de sirop de fruits rouges, 1/3 de bière, 1/3 de vin rouge
Sucre fermenté 2 litres d’eau, 1 kg de sucre, 30 g de levure de boulanger, trois jours de fermentation, puis un demi-litre de vin rouge
Jus de pomme Jus de pomme seul, sans autre précision

Chaque ingrédient joue un rôle. Selon la fiche, la bière ou la levure apportent la fermentation, qui diffuse l’odeur du sucre ; le sirop fournit le sucre nécessaire à la nourriture des larves ; le vin rouge passe pour répulsif envers les abeilles. Aucun de ces textes ne promet de formule miracle : ce sont des recettes de base, comparées entre elles dans les essais, pas des garanties. Seule la préparation fermentée est donnée en litres et en grammes ; la première recette se dose en parts égales, et le jus de pomme est cité seul.

Les essais de l’ITSAP : un appât attractif n’est pas forcément efficace

La lutte contre cette espèce invasive suscite une grande attente de la filière apicole, rappelle le rapport de l’ITSAP. L’institut a compilé les études publiées et des essais menés en 2022 dans cinq secteurs, des Alpes-Maritimes au Limousin, en passant par la Drôme, le Lot-et-Garonne et le Vaucluse. Sa fiche de synthèse de 2024 tranche : la « bière sucrée » est la préparation la plus attractive parmi celles testées. Elle n’est pourtant pas sélective, et le nombre de frelons asiatiques capturés reste faible : 1 à 6 par piège et par semaine en moyenne, jusqu’à 10 à 14 au rucher dans une zone très colonisée.

Les relevés de 2016 à 2019 dans le Morbihan, la Vendée et les Pyrénées-Atlantiques nuancent le rôle de l’alcool. D’après le rapport, les préparations simplement sucrées (sirop, confiture, jus de fruit) et le jus de cirier ont piégé en moyenne deux fois plus de frelons asiatiques que les préparations alcoolisées. Le rapport présente d’ailleurs l’alcool comme seulement supposé repousser les abeilles, et note que la version artisanale la plus courante associe du vin blanc plutôt que rouge. Retenez sa conclusion : le leurre fait l’attractivité du dispositif, mais c’est le piège qui fait sa sélectivité.

Quand piéger le frelon asiatique : période et température

Le moment compte autant que la recette. Le ministère recommande de piéger deux mois au maximum autour de la mi-avril, période du pic de population, avec une mise en place adaptée au nord ou au sud de la France et aux conditions climatiques locales. Il donne un signal de départ concret : les premières floraisons, après les dernières gelées, quand la température dépasse 12 degrés. L’ITSAP précise le calendrier : les premiers frelons asiatiques se font prendre vers 10 °C de moyenne hebdomadaire, et le pic de captures survient vers 15 °C, entre début avril et début mai dans les sites étudiés du sud.

Repère Ce qu’en disent les sources
Départ Après les dernières gelées, au-dessus de 12 degrés, avec les premières fleurs (ministère)
Premières captures Vers 10 °C de moyenne hebdomadaire (ITSAP)
Pic Vers 15 °C, d’avril à début mai dans le sud (ITSAP) ; vers la mi-avril (ministère)
Arrêt Fin mai : les premières ouvrières sortent début juin (ITSAP)
Durée Deux mois au plus par an, à maintenir au moins quatre années de suite sur une zone (ministère)

Au-delà de cette fenêtre, le dispositif fait surtout des victimes collatérales. Avant et après le pic, rappelle la fiche de l’ITSAP, les femelles en vol sont rares et la part des autres espèces capturées devient trop forte. Les fondatrices du frelon européen (Vespa crabro), l’espèce locale, sortent deux à trois semaines plus tard, et le risque de les capturer grimpe après le pic. Pour savoir si l’insecte qui tourne autour de chez vous mérite d’être piégé, notre guide sur le piège frelon européen résume ce qu’en disent la LPO et l’INRAE.

Où placer le piège à frelon asiatique : près du rucher

L’emplacement change tout. Le rapport de l’ITSAP cite des études où les dispositifs posés dans un rucher, ou à moins de 50 mètres, capturent 3,7 à 7 fois plus de femelles, signe probable que les proies abondantes des ruches les attirent (une étude de 2012 n’a toutefois pas retrouvé cet effet). La fiche du ministère suit cette logique. En zone peu infestée, elle cible les ruchers déjà touchés par la prédation ou par des nids, avec une surveillance minimale : un piège dans le rucher, un autre près des fleurs attractives. En zone à forte pression, elle prévoit 4 à 10 pièges par commune, près des fleurs, des composteurs et des points d’eau, à proximité des ruchers touchés et des nids détectés, à raison de 1 à 2 par nid. Ces actions, précise la fiche de l’ITSAP, s’organisent dans les secteurs où la pression du frelon devient problématique pour l’apiculture.

Apiculteur en tenue de protection qui soulève un cadre couvert d'abeilles, devant un arbre fruitier en fleurs
Ce piégeage vise d’abord la protection des ruchers : c’est là que les fondatrices viennent chasser. Photo Dmytro Glazunov, Pexels.

Le Muséum resserre encore le cadre. Il ne recommande ce piégeage qu’en cas de prédation moyenne à forte, à proximité de ruchers ayant déjà subi des pertes, et conseille d’éviter de piéger les fondatrices hors des ruchers ou d’un cadre expérimental. Un piège isolé au fond d’un jardin, sans rucher à protéger, sort donc de ces recommandations. Le bon réflexe consiste à chercher l’information auprès de sa mairie sur le plan départemental de lutte : c’est à l’échelle de la commune, et sur plusieurs années, que les actions de piégeage prennent leur sens.

Ce qu’il ne faut jamais mettre dans un appât à frelon

Certaines préparations posent problème. Le ministère demande d’éviter les brèches de cire et le miel pour des raisons sanitaires, même si un grillage les protège. Sa fiche sur le piégeage d’automne rappelle que les leurres de viande ou de poisson imbibés d’insecticide sont formellement interdits : les frelons qui rentrent au nid dispersent alors des produits très toxiques dans l’environnement. Le Muséum condamne également les préparations empoisonnées, qui risquent de desservir les espèces locales au profit du frelon à pattes jaunes. En sortie d’hiver, les documents consultés ne proposent d’ailleurs aucun leurre carné pour cette saison : selon l’ITSAP, la femelle qui sort de dormance commence par s’alimenter en glucides.

La cire divise les sources, autant le savoir. Pour un rucher attaqué, le Muséum recommande au contraire des modèles à sélection physique garnis de préférence de jus de vieille cire fermentée, posés au rucher seulement et en général à partir de juin, donc en été. Le rapport de l’ITSAP classe d’ailleurs le jus de cirier parmi les préparations les plus attractives. Ces avis visent des saisons et des usages différents : pour un particulier en saison de fondation, les recettes sucrées du ministère restent la base, sans cire ni miel.

Entretenir le piège à frelon : renouveler le mélange, maintenir la surveillance

Une préparation s’use. Le ministère conseille de la renouveler au plus tous les 8 à 10 jours, en laissant quelques frelons vivants dans le piège : leurs phéromones attireraient leurs congénères et repousseraient les autres insectes, selon la fiche. Dans les essais de l’ITSAP, les pièges étaient posés à environ 50 cm du sol, garnis de 250 ml de liquide pour les modèles bouteille, puis vidés et rechargés chaque semaine. Le rapport juge qu’il reste à évaluer l’intervalle idéal : une routine hebdomadaire est un repère raisonnable, pas une règle démontrée.

Ce relevé régulier est nécessaire pour limiter les dégâts sur les autres espèces. Le Muséum demande de vérifier régulièrement le contenu du piège pour libérer au plus vite les espèces non ciblées, voire de le retirer : un moucheron, même s’il ressemble aux autres, peut appartenir à une espèce rare. Les chiffres de l’ITSAP donnent la mesure : les fondatrices de frelon asiatique pèsent moins de 2 % des captures, les mouches de 48 à 92 %. Les papillons, dont certaines populations régressent déjà fortement en France, sont aussi souvent piégés. Maintenir cette surveillance pendant toute la période aide à préserver la biodiversité.

Le choix du piège compte plus que l’appât

Puisque le sucre attire toutes sortes d’espèces, la sélectivité dépend du modèle choisi. La fiche du ministère recommande des dispositifs à sélection physique de type nasse, avec des cônes d’entrée et une séparation entre l’attractif et la partie de capture : elle cite les modèles japonais et coréen à ailes, ainsi que la nasse à grilles. Elle déconseille les modèles bouteille, cloche ou bocal, dont la sélectivité reste « très mauvaise même avec des adaptations ». L’ITSAP nuance pourtant le cas du modèle japonais : sa sélectivité n’est pas satisfaisante, avec des entrées trop larges et sans buvard pour interdire aux petits insectes l’accès au liquide. Le Muséum, lui, demande de proscrire la bouteille coupée en deux et la cloche, et précise qu’aucun piège n’est réellement sélectif. Les modèles cités par le ministère et les résultats des essais sont comparés dans notre article sur le piège reine frelon asiatique. Les insectes y meurent d’épuisement ou de noyade, rappelle l’ITSAP ; et si certains modèles laissent ressortir ceux de petite taille, un court séjour peut déjà nuire à leur survie, ajoute le Muséum.

Disque jaune en plastique percé de fentes à insérer dans une bouteille, avec en médaillon une bouteille équipée du disque
Notre disque pour piège bouteille : un modèle non sélectif, de la famille que le ministère déconseille pour capturer les reines.

Soyons clairs sur notre gamme : nos modèles ne sont pas sélectifs, et notre piège à frelon bouteille appartient précisément à la famille que le ministère déconseille au printemps. Nous ne le présentons donc pas comme une solution contre les fondatrices. Pour un rucher, le ministère oriente vers les nasses qu’il référence, le Muséum vers les muselières et les harpes électriques, à favoriser dans tous les cas. Une nasse en bois se construit d’ailleurs à la maison : notre guide explique comment fabriquer un piège à frelon d’après les plans publiés par des communes. Notre sélection de pièges contre le frelon asiatique, comme le reste de notre gamme de piège à frelon, vise un autre usage : limiter la gêne autour d’une terrasse en été, en relevant les pièges souvent.

Piéger au printemps : une méthode discutée

Sur le fond, les autorités divergent, et il serait malhonnête de trancher à leur place. Le ministère fait du piégeage des fondatrices une mesure à favoriser dans les zones à densité moyenne ou forte, avec un objectif clair : baisser la pression de prédation sur les ruchers et limiter l’implantation des nids à proximité. Le Muséum juge au contraire son efficacité « toujours pas démontrée » et voit dans le printemps la période où la lutte semble la plus vaine. Une étude de l’ITSAP et du Muséum (2016-2019) suggère, selon la fiche de 2024, que ce piégeage peut influencer l’implantation des nids sous certaines conditions, sans plus.

Le consensus tient en quelques lignes. Le piégeage de printemps n’éradique pas l’espèce : le document officiel admet que l’éradication n’est plus envisageable avec les moyens actuels. Il n’a de sens qu’organisé, au bon endroit (près des ruchers), pendant le pic et sur plusieurs années. Mal conduit, il pèse lourd sur la biodiversité : le Muséum estime que des campagnes massives pourraient nuire davantage aux insectes que le frelon lui-même. Et face à un nid déjà installé, aucun liquide sucré n’aide : notre guide sur le nid de frelon sous toiture explique qui prévenir pour sa destruction.

Sources : plan national de lutte contre le frelon asiatique à pattes jaunes du ministère de la Transition écologique (fiches techniques n° 2 et n° 3) ; page « Lutte » du site consacré au frelon asiatique du Muséum national d’histoire naturelle ; rapport de l’ITSAP-Institut de l’abeille sur l’attractivité et la sélectivité des pièges et des appâts de printemps (2023, financé par InterApi) et fiche de synthèse ITSAP-InterApi de septembre 2024. Photos : ruches dans les fleurs, Codrin Rusu, et apiculteur au rucher, Dmytro Glazunov (Pexels) ; disque jaune, photo produit du site.

Questions fréquentes sur l’appât à frelon asiatique au printemps

Quel appât pour le frelon asiatique au printemps ?

Un mélange sucré. Le ministère en retient trois : le classique sirop de fruits rouges, bière et vin rouge à parts égales, une eau sucrée fermentée à la levure, et le simple jus de pomme. Dans les essais de l’ITSAP, la bière sucrée attire le plus de frelons, mais aucune recette n’est sélective.

Quand poser un piège à frelon asiatique au printemps ?

Après les dernières gelées, quand la température dépasse 12 degrés et que les premières fleurs s’ouvrent, selon le ministère, pour deux mois au plus autour de la mi-avril. L’ITSAP situe le pic de captures vers 15 °C de moyenne hebdomadaire, entre début avril et début mai dans le sud.

Tous les combien renouveler le mélange sucré ?

Au plus tous les 8 à 10 jours selon le ministère, en laissant quelques frelons vivants à l’intérieur. Dans les essais de l’ITSAP, le liquide était changé chaque semaine. Relevez le piège souvent pour relâcher les espèces non ciblées, comme le demande le Muséum.

Peut-on utiliser du miel ou de la cire pour attirer le frelon ?

Le ministère conseille d’éviter le miel et les brèches de cire pour des raisons sanitaires. Le Muséum recommande pourtant du jus de vieille cire fermentée pour un rucher attaqué, à partir de juin et au rucher seulement. Pour un particulier, les recettes sucrées suffisent.

Ce mélange sucré attire-t-il aussi les abeilles ?

Oui. Aucun attractif n’est sélectif, rappelle l’ITSAP : les fondatrices de frelon asiatique pèsent moins de 2 % des captures. C’est le piège qui limite les dégâts : le ministère déconseille les modèles bouteille, cloche ou bocal et recommande des nasses à cônes d’entrée.

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