Comment fabriquer un piège à frelon : la nasse plutôt que la bouteille

Mains gantées qui vissent une planche de bois avec une perceuse sans fil sur un établi

Comment fabriquer un piège à frelon qui épargne au mieux les autres insectes ? Les fiches officielles répondent d’une seule voix : une nasse, c’est-à-dire une boîte munie de cônes d’entrée, avec l’appât isolé de la chambre de capture. La bouteille coupée, elle, est à éviter selon le ministère de la Transition écologique. Voici le matériel, les mesures, le montage et les limites de la méthode.

Pourquoi fabriquer une nasse et pas une bouteille

Le réflexe de nombreuses vidéos consiste à couper une bouteille en plastique et à retourner le goulot en entonnoir. Le plan national de lutte contre le frelon asiatique le déconseille : les modèles bouteille, cloche ou bocal sont « à éviter », leur sélectivité étant « très mauvaise », adaptations comprises. Le Muséum national d’histoire naturelle demande aussi de proscrire la bouteille coupée en deux : selon le ministère, leur impact sur le reste des insectes, pollinisateurs compris, est trop fort.

Le ministère fixe le cahier des charges : un dispositif à sélection physique de type nasse, équipé de cônes d’entrée, l’attractif séparé de la zone de capture, pour capturer l’espèce visée et laisser ressortir un maximum d’autres espèces. Il cite trois modèles conformes à ce principe : le japonais, le coréen à ailes et une nasse à grilles jaunes.

Le matériel nécessaire pour fabriquer une nasse en bois

Deux communes ont publié un plan à construire soi-même : Honfleur, dans le Calvados, et Baugé-en-Anjou, en Maine-et-Loire. Leurs boîtes mesurent environ 50 cm de long, 25 cm de large et 20 à 25 cm de haut.

Élément Mesures et matière (fiches de Honfleur et de Baugé-en-Anjou)
Grands côtés 2 planches d’environ 50 x 20 à 25 cm, de 18 à 25 mm d’épaisseur : bois brut, contreplaqué extérieur ou marine, lames de palettes
Plancher 1 planche d’environ 50 x 20 à 25 cm
Petits côtés Grille à reine (grille d’apiculture dont les fentes laissent passer les ouvrières), percée d’une ouverture ronde
Cônes 2 morceaux de grillage métal ou plastique anti-varroa, environ 38 x 15 cm
Couvercle Plexiglas, verre ou plastique transparent épais, amovible
Fournitures Vis à bois, fil inox de cadres, charnières en cuir ou en morceau de ceinture de sécurité de récupération
Réservoir Petit récipient couvert d’un treillis fin

Une scie, une perceuse et un tournevis suffisent ; des ciseaux solides découpent le grillage plastique. Voici la liste du matériel, composée d’après ces deux fiches. Elles conseillent aussi une peinture rouge, couleur qu’elles disent appréciée du frelon asiatique : aucune source scientifique consultée ne chiffre cet effet.

Fabriquer un piège à frelon asiatique étape par étape

  1. Assembler le caisson : vissez les grands côtés sur le plancher ; Baugé-en-Anjou ajoute deux traverses de 20 x 5 cm pour le rigidifier.
  2. Préparer les extrémités : coupez le grillage d’apiculture à leur dimension, puis découpez dans chacune une ouverture ronde de 10 à 12 cm de diamètre (8 cm sur le modèle angevin).
  3. Former les cônes : roulez le grillage en entonnoir, un entonnoir de cuisine servant de gabarit. La base prend ce diamètre, la pointe va vers l’intérieur.
  4. Régler la sortie : Honfleur impose 9 mm, pour bloquer papillons, bourdons et autres gros insectes. Le plan national demande 10 mm en zone méditerranéenne, pour le frelon oriental (Vespa orientalis).
  5. Fixer les cônes au fil inox, puis les deux extrémités au caisson.
  6. Poser le couvercle sur tasseaux, baguettes d’angle ou charnières souples, pour l’ouvrir facilement.
  7. Installer le réservoir au fond, sous une maille fine, hors d’atteinte des captures.

À défaut de grillage, Honfleur propose des goulots en guise de cônes, avec un orifice de 9 mm percé dans le bouchon au foret chauffé à la flamme. Le goulot ne sert alors que d’entrée sur une boîte grillagée : rien à voir avec le modèle déconseillé, où l’insecte tombe dans le liquide.

Quatre bouteilles en plastique transparent vides posées debout sur un couvercle de fût vert
Des bouteilles vides peuvent fournir des goulots d’entrée ou un réservoir : seules, en guise de piège, le ministère les déconseille. Photo Polina Tankilevitch, Pexels.

Quel appât pour un piège à frelon fait main

La fiche technique n° 2 du ministère retient trois préparations sucrées : sirop de fruits rouges, bière et vin rouge à parts égales ; eau sucrée fermentée à la levure de boulanger ; ou jus de pomme. Les fiches communales composent le mélange avec du cassis ou de la grenadine, et un vin rouge ou blanc : aucune source consultée ne compare ces boissons entre elles. Évitez miel et cire, pour des raisons sanitaires. La fiche de Corsept (Loire-Atlantique) demande que le liquide imbibe une éponge ou des billes d’argile, sous une maille fine, pour éviter la noyade. Notre article sur l’appât à frelon asiatique pour le printemps détaille le rôle de chaque ingrédient.

Où et quand placer un piège à frelon fait maison

Le ministère limite ce piégeage à deux mois au plus autour de la mi-avril, au-dessus de 12 degrés, sur au moins quatre années de suite ; Corsept le cale du 15 février au 15 mai. C’est la saison où chaque femelle fécondée, sortie de son abri d’hiver (de décembre à février), bâtit seule son nid primaire. Corsept donne des repères concrets :

  • au soleil le matin, grille latérale tournée au sud ou au sud-est ;
  • près de fleurs, d’un point d’eau, d’un rucher ou d’anciens nids ;
  • légèrement incliné vers l’avant pour évacuer la pluie ;
  • un tous les 400 m suffit, aucun là où les nids sont rares.

Le Muséum ne recommande de piéger les fondatrices qu’à proximité de ruchers ayant déjà subi des pertes, et juge son efficacité « toujours pas démontrée ». Sans abeilles à protéger, un dispositif au fond du jardin sort de ces recommandations.

Lot de dix disques jaunes en plastique à insérer dans une bouteille pour en faire un piège
Nos disques pour bouteille : simples, mais non sélectifs, à réserver à l’été plutôt qu’au printemps.

Entretenir le piège : relever, vider, laisser quelques frelons

Attention : mal conduit, ce piégeage peut nuire à la biodiversité, prévient la fiche de Corsept. Renouvelez le liquide au plus tous les 8 à 10 jours, conseille le ministère, en laissant quelques frelons vivants : leurs phéromones attireraient leurs congénères. Pour vider la boîte, Corsept propose une heure au congélateur, puis d’y remettre quelques individus intacts. Le Muséum demande de libérer au plus vite les espèces non ciblées, abeilles et autres pollinisateurs compris. Certaines mairies, comme Corsept, font aussi noter les prises sur une fiche de suivi : renseignez-vous auprès de la vôtre.

Une nasse reste un piège peu sélectif

Honfleur présente sa boîte comme « très sélective ». L’ITSAP, l’institut technique de l’apiculture, invite à la prudence. L’attractif le plus efficace dans ses essais, la bière sucrée, n’est pas sélectif, et les prises de reines restent faibles : 1 à 6 par semaine et par boîte. Les prises mêlent mouches, coléoptères, abeilles, guêpes et frelons locaux. Les entrées réduites, censées écarter le frelon européen (Vespa crabro), freinent aussi le frelon asiatique et n’améliorent pas la sélectivité. Ce risque compte pour la biodiversité : l’espèce européenne est locale, ses femelles sortent deux à trois semaines plus tard. Notre guide sur le piège frelon européen résume ce qu’il faut savoir. Enfin, aucun leurre ne vient à bout d’une colonie installée : pour un nid de frelon sous toiture, appelez un professionnel.

Et nos pièges prêts à poser ?

Aucun de nos modèles n’est une nasse conforme à ce cahier des charges, et aucun n’est sélectif. Notre piège à frelon bouteille, un disque jaune à glisser dans une bouteille vide, appartient à la famille déconseillée au printemps : nous ne le présentons pas comme une solution contre les reines. Notre gamme de pièges contre le frelon asiatique vise la gêne d’été autour d’une terrasse, guêpe comprise, à condition de relever souvent, comme le reste de notre sélection de piège à frelon. Pour un apiculteur, professionnel ou amateur, qui veut protéger ses ruches au printemps, la nasse fabriquée selon les fiches officielles reste la piste à suivre, en lien avec sa mairie.

Sources : plan national de lutte contre le frelon asiatique à pattes jaunes du ministère de la Transition écologique (fiches techniques n° 2 et n° 3) ; fiche de synthèse de l’ITSAP-Institut de l’abeille et d’InterApi sur le piégeage des fondatrices ; fiches des communes de Honfleur, de Baugé-en-Anjou et de Corsept ; page « Lutte » du site du Muséum national d’histoire naturelle consacré au frelon asiatique. Photos : perceuse, Kaboompics, et bouteilles vides, Polina Tankilevitch (Pexels) ; disques jaunes, photo produit du site.

Questions fréquentes sur la fabrication d’un piège à frelon

Quel piège à frelon fabriquer soi-même ?

Une nasse : une boîte d’environ 50 x 25 cm, avec un cône grillagé à chaque extrémité et le leurre isolé sous une maille fine. La bouteille coupée, la cloche et le bocal sont à éviter selon le ministère.

Quelle taille pour le trou d’entrée du cône ?

Honfleur fixe la sortie du cône à 9 mm ; le plan national demande 10 mm en zone méditerranéenne. Selon l’ITSAP, les entrées réduites n’améliorent pas la sélectivité.

Quel appât mettre dans un piège fait maison ?

Un mélange sucré : les trois recettes du ministère, ou celles des communes à base de grenadine ou de cassis. Posez-le sur une éponge ou des billes d’argile.

Quand installer un piège à frelon asiatique ?

Au printemps, deux mois au plus autour de la mi-avril, au-dessus de 12 degrés, près d’un rucher touché, selon le ministère.

Un piège bouteille fait maison est-il efficace ?

Il prend des frelons, mais aussi beaucoup d’autres insectes. Le ministère juge sa sélectivité très mauvaise, adaptations comprises.

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